lundi 20 novembre 2017

Portraits et sagesse 111

Ali Mareghni Un homme au vrai sens du terme, remplissant ses dimensions et sincère jusqu’au bout de la crédibilité humaine. Collègue de travail pendant une vingtaine d’années, Ali, était toujours à la hauteur de ses devoirs professionnels et de la maitrise incontestable de ses relations avec les autres. Dans ce contexte, dans les années de braise, quand tout le monde « stalkait » Boughmiga, en le surveillant nuit et jour pour le piéger par une faute ou même quelque chose qui lui ressemblerait et cadrerait avec la mise au pilori, Ali Mareghni, était le témoin oculaire d’une machination bien orchestrée pour déconstruire le mythe des résistances de Boughmiga. Sans entrer dans les détails, Ali, se contenta de témoigner honnêtement, selon les faits, ce qui ne plut guère aux responsables d’alors ni même aux autorités commanditaires et sponsors de cette période. Il faut dire, que personne, ne pouvait rester debout, sans une affiliation confirmé par la pratique dans les rangs du parti au pouvoir et Boughmiga, était l’ennemi numéro un de la région et tout les coups étaient permis à son encontre. Ainsi la machination saboté par le témoignage juste de Si Ali, il faut reconnaitre, que ce geste de bravoure lui avait couté très cher sans s’en démordre le moins du monde. En effet, catalogué, il fut mis à l’ombre, dans le frigo, comme on dit, et resta pendant une vingtaine d’années sans le moindre échelon, ni le moindre avancement, ni une petite reconnaissance à la quantité de travail qu’il fournissait. Une punition, tacite, fulgurante, sournoise, mais foudroyante de la part de l’administration du pouvoir. N’en ayant pas parlé avec Si Ali, je pensais qu’il n’était pas convenable de parler justice aux justes et parler honnêteté avec les gens bien. Toutefois, à cette occasion, cette distance de retraite….je ne peux que remercier Ali Mareghni infiniment, pour ce qu’il était, sur les plans du travail et de l’homme. D’un autre coté, sa compagne, Leila Khalifa, collègue de travail aussi, sachant notre susceptibilité vis-à-vis de tout ce qui était officiel, officieux et mécanique….avait organisé un grand déjeuner d’adieu aux retraités, dans un élan de solidarité, d’amitié sincère et d’engagement populaire merveilleux. C’était une manifestation très réussi, qui avait donné la joie à tout le monde et redonna justice à tous ceux qui travaillèrent de toutes leurs forces pour le bien commun. Honneur et gratitude, à Monsieur et Madame Mareghni. Lihidheb Mohsen 20.11.17

mardi 31 octobre 2017

Drôles de boules à l'école.

Sur ce que fut l’école, la boule roule, quelques fois vers l’avant, d’autres fois en tournant à l’arrière, quelques fois en piquée, souvent en percutant, tant de fois à l’apnée, nez à nez avec le témoin…..pour s’en éloigner, éloigner….irrémédiablement. Ali, Salah, Fatah, Nouri, Tahar, Ahmed….lançaient à tout de rôle leurs boules à qui mieux, arriver à coté du but ou le percuter pour changer la donne. Sur la cour de l’ancienne école primaire, la foule s’animait avec des spectateurs stupéfaits devant ce nouveau jeu insolite et inconnu dans le village. Des élèves qui attendaient le bus de la navette faisaient aussi cohue et voulaient jouer pourquoi pas. Ils ont toutes les libertés possibles et imaginables et toutes les possibilités du savoir, à la portée de la main, de plein droit et la tête haute. Une situation, que nous n’avions pas, nous autres, élèves d’autrefois, de cette même école primaire délabrée, quand nous n’avions d’horizon, que le père de famille, l’instituteur, Dieu le grand et un futur qu’il fallait conquérir par l’éduction et le savoir, pour sortir de la pauvreté et les conditions humaines difficiles. Ce que les jeunes d’aujourd’hui ne vivent pas, rares étaient les moyens de connaissances et on ne tombait que rarement sur des livres ou des personnes capables de nous guider et renseigner. Sous le dictat patriarcal, l’intransigeance de l’école coranique, la possession de l’école, les bottes de la garde nationale, l’unanimisme de la société, la xénophobie des gens de la cité….on n’avait que le choix de se taire, subir et réussir. Marche ou crève, dirait on, dans le silence et le sourire de façade. Ces mêmes générations, qui ne regardent en train de jouer sur notre mémoire, de rouler le temps sur notre passé, de piquer sur les iniquités d’autre fois, de bousculer les fixations handicapantes…ne savent peut être pas, qu’à leur tour, ils subiront le même paradoxe et la même contrariété. Car, pendant que notre horizon était plein d’espoir, par le savoir et la réussite normale, celui d’aujourd’hui, est très incertain et la plupart escomptent émigrer ailleurs ou s’enrichir par touts les moyens et faire le coq dans la bassecour. Voila, l’école d’autrefois, désertée, vidée de sa consistance, avec un jeune palmier sauvage juste au centre de sa cour, comme pour répondre à l’adage « Takhla wtanbett fiha nakhla », qu’elle dégringole et un palmier monte dans son milieu. Bien sur, l’exemple reste pour la mentalité d’autrefois, quand l’approche écologique était absente et le palmier n’avait pas la valeur et le respect d’aujourd’hui. Ainsi, des concentrés en boules, roulent devant les yeux hagards des jeunes, redonnant un semblant de vie à cette école morte et son esprit de combat pour le devenir et la survie collective. Même si on pense que les boules ne sont pas des bombes à retardement, que les enfants ne sont pas de la chair à canon et l’esprit collectif ne tend pas vers la violence et la mentalité guerrière, on ne peut que pleurer, l’école de notre jeunesse avec son esprit batailleur et paisible. De petites écolières sortant de l’école, s’arrêtèrent pour voir ce spectacle étrange de vieils hommes en train de jouer comme des enfants et voulurent participer à la partie. Elles avaient beaucoup applaudis les piqués crépitant des boules…..de concentré….de vie……perdue. Lihidheb Mohsen Zarzis 31.10.17

Portraits et sagesse 110

Habib Jahouach, de la famille de Aissa, une tribu des Lihidheb pastorale et quelques fois transhumante avant de devenir paysanne dans les oasis maritimes de Souihel, de Chammak et de Hassi jerbi. C’est à l’honneur de Si El Habib, que l’on parle de ses valeureux ancêtres, connus par leur endurance au travail, leur courage et leur force physique légendaire. C’était un oncle qui se battait contre une autre tribu avec un tronc d’arbre comme arme imbattable et transportait des « Khabia » très grandes jarres pleines d’eau pour irriguer les oliviers derrière la colline. Un autre oncle surpuissant, mangeait les poissons crus avec leurs écailles et partageait avec les chameaux leur bouffe, soit de l’orge et des noyaux de dattes cassés. Bien sur, ces qualités physiques, ne valaient rien sans le comportemental juste et la convivialité régulière avec tout le monde. Habib, n’avait pas ces qualités physiques, car de taille moyenne et ne manquait pas de jouir d’autres qualités aussi importantes. D’une famille modeste mais devenue relativement aisée par le travail de la terre et le traitement des dattiers, avec quelques moutons et comme il se doit, une charrette trainée par un mulet, des sorties périodiques pour la moisson à la Choucha ou El Wahmia et des oliviers plus que suffisantes pour assurer la consommation de l’année et de vendre le petit surplus d’huile d’olive. Moi, Boughmiga, voisin et cousin de Si El Habib, nous jouions depuis l’enfance entre les silos d’orge et de blé enfouis dans la terre après les avoir couvert de foin pour les préserver de l’humidité, nous allions paitre avec nos moutons sur la colline voisine, en grignotons, nous aussi les herbes comestibles et juteuses, nous faisions de l’escrime ou des compétitions de sauts pour chanter à la fin, à haute fois en mettant les mains sur la bouche et l’autre sur l’oreilles pour laisser un passage à l’amplification de la voix. Toutefois, malgré l’adresse de Boughmiga et sa perspicacité, Habib avait des avantages incroyables dans l’art et la connaissance des choses en général, au point de le voir transformer le tige d’une palme en un bateau multicolore, avec son mât, sa voile, son gouvernail et ses couleurs, pour le mettre ensuite de le ruisseau de l’irrigation artésienne et courir après en criant de joie. On se querellait aussi sur la santé de nos moutons respectifs, la bordure de nos terres mitoyennes ou on se disputait les maigres collations de zoumita, de dattes sèches, de figues sèches, qu’on mettait dans nos poches à l’intérieur de nos blouses rondes. Bien sur, avec le temps, notre sortie vers la mer, était foudroyante et libératrice car les jeux devenaient plus sérieux les bateaux devenaient plus grands. Boughmiga se rappelle bien quand on nous annonça l’entrée à l’école et stupéfaits, on devait mettre des chaussures fraichement achetées et avoir une ardoise et de la craie. Pour l’écriture avec les plumes, malgré nos six ans, on ne savait même pas comment ternir cet engin mystérieux. Toutefois, parait il, il n y a plus de la « falga » correction sur les plantes des pieds dans l’école coranique de la mosquée, mais c’était faux car elle était encore présente avec moins de fréquence. Comme l’obéissance était de rigueur dans les écoles de l’esprit religieux, elle l’était aussi monstrueuse dans les institutions de formation et de formatage collectif. Heureusement, qu’il y avait l’oasis et surtout la mer, pour se libérer de ses dictatures sociales et impardonnables. Avec l’arrivée du tourisme, Habib, avait son cheval, ses longs cheveux et sa force de jeunesse en plus de sa gaieté naturelle. Un tableau chevaleresque, effective, intégrée, qu’Alexandre le grand et les chevaliers Tatars envieraient certainement. Pendant que Boughmiga s’enfonça stoïquement dans les internats des écoles, Habib, s’en alla vers le nord, à la conquête du monde où il passa quelques années en France. Logiquement, vue sa carrière authentique et locale, il ne pouvait se détacher pour longtemps de ses origines et revint après quelques années au village où il fit consécutivement, le chauffeur, le conducteur de tracteurs pour des travaux agricoles, le forgeron, le chauffeur de taxi…et quelques fois à titre gratuit, le muezzin du village. Un périple de vie, qui permit à Habib, de devenir l’ami de tout le monde, avec une connaissance profonde de toutes les régions, de tout le monde, de toutes les parcelles d’oliviers, de toutes les maisons, de toutes les attaches relationnelles entre les familles, de toutes les rues, de toutes les particularités de chaque personne et chaque famille, au point de voir certains le proposer pour devenir « Omda » chef secteur officiel, ce qui était en contradiction avec ses valeurs humaines et justes. Pendant qu’il faisait le chauffeur de taxi, il lui arrivait de prendre les vieilles personnes à leur destination sans prendre le sou avec des souhaits de bonne santé et de longue vie. Avec la gaité et la joie de vivre, une parle facile et torrentielle, un caractère foncièrement amical et une activité constante, Habib était aussi un très bon croyant qui garda la religion humaniste de nos ancêtres au point de le voir dans les occasions théologiques. Dans ce contexte, il était très célèbre dans tout Zarzis, pour avoir gardé la tradition de chanter les cantiques religieux le soir des décès dans un climat de compassion et de convivialité merveilleux. Souvent, il était quémandé pour participer à une veillée à Chammakh, Hassi Jerbi, Ogla ou El Mouensa. Bien sur, des courants nouveaux, voulaient déconstruire cette belle tradtion religieuse locale et Habib, ne fait que résister jusqu’au bout, pour satisfaire ses convictions et répondre à la mémoire de nos valeureux ancêtres. Que Habib, reste Habib, ami bien aimé et que Dieu lui assure une longue vie et une bonne santé. Lihidheb Mohsen Zarzis 31.10.17

lundi 30 octobre 2017

SOS Save Our Souls.

Un appel au secours, un cri de détresse, une urgence humanitaire, une situation arbitraire…, désormais, sont une constante dans la vie de touts les jours dans cette région du globe. Les revendications des sans emplois, la ruée des émigrés clandestins, les grèves des instits, les revendications corporatistes, la haine des pauvres, l’insouciance des riches, l’inconséquence des capitaux, la faiblesse des structures de l’état, la montée du radicalisme, la mobilisation des corps de métiers en blocs invulnérables et xénophobes, la pollution galopante, la consommation aveugle, l’installation du commerce parallèle, la fragilité des investissements, le pilotage à vue des affaires du pays…..sont des tares quotidiennes, consécutives, simultanées et paradoxalement durables. Il se fait que Boughmiga, en tant que citoyen conséquent et lucide, s’inquiétait de ces problèmes, depuis les dictatures et œuvrait, dans les mesures du possible à brusquer les situations vers un monde meilleur. L’accroissement de l’économie parallèle ou populaire si on veut, était sa préoccupation et avait essayé de convoyer ce secteur vers une normalisation structurelle et un accompagnement compréhensible de la part de la fiscalité du pays. Bien sur, il y avait d’autres problèmes moins importants, jusqu’au jour où advint la colère populaire et atterrirent dans le plat des gens de la gauche et de la droite et aveuglèrent irrémédiablement le paysage du bled. De toutes les difficultés, le problème de la pollution, reste encore, le plus incompréhensible et le plus gratuit, surtout, quand les gens ont le temps et les moyens de nettoyer, ne serait ce leurs propres déchets. On sait comment la consommation est arrivée rapidement dans la région, quelques décennies, pendant qu’il faudrait le double aux gens pour s’habituer à la nouveauté d’avoir des déchets et la nécessité de les gérer. Un exemple explicite de ce manque de la prédisposition de l’esprit collectif, s’était passé quand les clandestins avaient été placé dans un camp social à Lampedusa et après une semaine, les bouteilles de plastique de leur consommation, remplissaient les locaux et jonchaient les toilettes. Pourtant, ils avaient du temps, énormément, nos concitoyens, pour nettoyer leurs propres restes. Sans catastrophisme, ni amertume exagérée, j’écrivais ces préoccupations, durables, quand j’entendis, des cris stridents, des airs de lamentations, des grincements de dents de douleur et de rage….du petit chamelon trainé de force vers le lieu de l’abattage après avoir exhibé sa jeunesse et la tendresse de sa viande, sur la route pour les consommateurs. Plusieurs fois, c’était de petits veaux, d’autres jours c’étaient des chamelons, qui se transforment, chaque matin, en têtes accrochées et pattes ballantes. L’acuité de ces cris et l’immensité de la détresse que ressentent les chameaux pendant leur abattage, sont indescriptibles et ne peuvent que toucher toute personne normale et d’esprit sain. Ainsi, un ami me raconta, comment quand il avait convoyé un oncle plusieurs fois vers l’hôpital de Tunis, le vieil homme mourant, avait formulé un grand regret pour les bêtes qu’il avait tué pour les bouchers de chameaux du village. Une opération, qui reste difficile pour tout le monde. Dans cette situation totalement négative de vache dans un marécage, Boughmiga, malgré ses appels effectifs depuis des décennies pour le respect de la nature, la propreté de la mer, le respect des animaux, les énergies alternatives, la consommation locale et le développement durable, reste toujours sur son principe, qui aurait été un tremplin agréablement durable pour la révolution et aurait pu résoudre tout les problèmes des temps modernes. D’ailleurs, même si on est devenu champions dans le ratage avec les rendez-vous de l’histoire et le passage à coté des occasions uniques, l’approche écologique, reste valable pour sortir de cette impasse et répondre à cet appel global aux secours. Lihidheb Mohsen Zarzis 30.10.17

jeudi 5 octobre 2017

Birmil oktouber

Littéralement en arabe, le tonneau d’octobre, ou le premier octobre aux phonéticiens francophones, un mois des liquides stratégiques, l’eau, l’huile d’olive, sans le vin qui n’existe pas en réalité dans notre économie ou notre culture, une date qui reflète un rendez vous ultime. Celui qui possédait une citerne d’eau de pluie, celui qui avait des terrains pour recueillir cette offrande du ciel et en cueillir les dividendes…avait certainement l’avantage aux richesses locales produites de la terre et des oliviers. Ce rendez vous périodique, qui réglait les années, en année de la famine, année des sauterelles, année du fenugrec, année des grenouilles, année du gareb, année de la grêle, année des inondations, année du guerciss « exercices », année des allemands, année des Inglizz, année de la peste, année de l’exode, année de la pluie d’argile…, une périodicité phénoménale ponctuée par la mémoire collective afin de se situer dans l’espace et dans le temps. Plusieurs paramètres étaient déjà établis et confirmés par l’interprétation religieuse, dans laquelle la nébuleuse sociale nage bien, voltige et se maintien au dessus des déséquilibres sporadiques, ce qui permettrait aussi la légitimation des « happenings » locaux car des tempêtes de grenouilles ou pluies d’argile ne se seraient pas passés au pays des apôtres, pendant que dans chaque région, les hommes avaient besoin de mesurer, quantifier, évoluer leur propre parcours de vie et leur propre champ de vision et d’action. Dans ce nuage social de flottaison interactive en pleine fusion avec la croyance et en totale communication avec les éléments de la vie et les possibilités de survivance, il y a toujours des incursions salutaires au début, mais qui avaient aussi bousculé outrageusement la réalité. A Souihel, comme dans tant d’autres régions du littoral, le tourisme bourgeonna lentement, créant un grand essor économique et un boom de services et d’affairismes. La jungle opaque de palmiers dattiers avait été acheté pour trois fois rien, les puits artésiens irriguant les carrés de sorgho avaient été fermé ou détourné vers les piscines thermales des touristes, les rares puits de surface à l’eau comestible avaient été réquisitionnés pour la construction des hôtels puis carrément ensevelis sous le gravât, les ouvriers lâchèrent leurs faucilles, les marins négligèrent leurs rames, les bergers mirent des vestes….pour servir désormais, tous ensemble, sur leur propre terre, de valets de chambres et de sou fifres à l’ordre mercantile nouveau. Bien sur, ce raz de marée n’épargna rien ni personne afin d’assujettir la paysage humain et même géographique. Alors Abdallah dirigea son chameau vers la plage au lieu d’aller chercher des fourrages à la Choucha, Belgacem descendit du palmier pour jeter sa scie et aller postuler au gardiennage de l’hôtel, Khalifa pris son cheval pour louer sa monture aux touristes sur la plage, le jeune Ali y alla au galop avec son âne trottiner entre les parasols épars. Parmi tout ce monde, certains avaient désormais des salaires modestes, d’autres racolèrent des touristes pour vendre des produits artisanaux, quelques uns prirent le chemin de l’étranger, plusieurs devinrent riches et la société se renferma sur elle-même en défendant ses valeurs tout en laissant de petites brèches comportementales compromissoires. Il y a eu de grandes concessions à ce nouvel ordre mercantiliste mettant tout le cartier et tout le monde dans la machine de la mainmise économique et le consumérisme galopant. Des concessions, franchement subies, miroitaient en contrepartie, plusieurs espoirs de liberté, d’affirmation du soi et de bien être collectif. Un rendez vous avec l’histoire qui tarde à venir comme il fut pour l’un des guides de chameau pour touriste, un homme très ordinaire, qui attendait pendant une vingtaine d’année un rendez vous le premier octobre de chaque saison, au point de le voir dire à chaque question, qu’il se mariera Birmil oktouber, ses amis viendront Birmil oktouber, que le monde sera meilleur Birmil oktouber… Une date, une espérance, un mirage qui aussi personnel était il, faisait l’objet d’une attente collective des promesses de cette nouvelle ère de mise au pas moderne et capitaliste. Ainsi, advint le soit disant changement du sept novembre, advint la fameuse révolution de la brouette….et le rendez vous de Birmil oktouber, n’arrive pas encore et les souhaits d’équité, de justice sociale, de bien être collectif, de paix universelle, restent à attendre. De toutes les façons, comme on le dit bien en arabe, celui qui attend, est mieux que celui qui souhaite seulement. Lihidheb Mohsen Zarzis 05.10.17

mercredi 4 octobre 2017

Portraits et sagesse 109

Abderrazzag Essafi, un homme grand, sec, aux yeux bleus, avec la chéchia rouge traditionnelle sur la tête, était certainement connu par tout le monde à Zarzis, de part son travail et de part son rayonnement culturel et social. Encore debout, souriant, joyeux, soutenu par sa canne certes, mais rayonnant d’énergie et de joie de vivre. Ayant travaillé depuis l’indépendance dans en tant que chauffeur poids lourd pour la construction de l’aqueduc vers Zarzis, puis dans les champs pétrolier du Sahara, quelques années en France, pour avoir enfin sa retraite avec la société du transport en conduisant le bus scolaire pendant vingt quatre ans. Une belle carrière, active, diverse, pleine de contact humain, de voyages quotidiens, de travail soigneux et de responsabilité. Pour retrouver sa maison, Boughmiga dû se hasarder entre les maisons et ruelles, se rappelant approximativement l’habitation de Si Razzag. Debout dans la chaleur et cherchant le bout d’ombre pour se protéger du soleil, il remarqua dans une impasse un homme faisant sa prière et ne voyant que le bout de son soulier de son coté droit et un brin du tapis de prière, attendit le mouvement de ses derniers pour aller lui demander l’adresse. En attendant, le bruit de maçon revenant au travail parvint du fond d’une autre impasse et en lui criant fort, signala la demeure de son ami. Avec un très bel olivier, majestueux, bien entretenu, la maison était belle avec bon gout de modestie et de quiétude. Ne sachant comment trouver ce vieil ami, il l’appela doucement pour ne pas déranger une éventuelle sieste et au troisième appel, Razzag sorti avec sa femme appuyé sur sa canne et accompagné d’un accueil sincère. Il m’invita à s’asseoir auprès de lui sur le divan utilisé aussi pour dormir à la belle étoile pendant les grandes chaleurs et commença à remémorer nos souvenirs communs. Franchement, il ne me répondait qu’en poésie, en proverbe, en maximes dont certaines étaient de sa composition et rayonnait directement de culture et de beauté linguistique. Il me dit entre autres, que sa santé lui permettait quelques fois de sortir en voiture, mais la vie va vite et tout le monde grandit. Il était aussi un grand poète populaire, très connu dans les sphères de la culture et surtout quand il prit la description de presque toutes les villes de la Tunisie, voyageant de région en région, dans un très beau parcours descriptif et poétique. Il était aussi souvent invité par la radio pour la lecture de ses œuvres et l’échauffement des esprits. A un moment, il s’intéressa à la médication traditionnelle par les herbes et divers procédés sans tombés dans les potions magiques ou la sorcellerie. Il avait toutefois, une certaine clientèle sans que l’on entende de réclamations. Un jour, une jeune femme Allemande, ayant fait une grande expérience au Japon, lui avait été présenté par un cinéaste de la région qui avait pris Razzag et Boughmiga dans ses lentilles….mais comme toujours, le hasard des choses, fait que ce sont les rencontres spontanées, les actions naturelles, qui prédominent et insufflent leurs messages merveilleux. Dans une chambre fermée, cette Dame, avait placé sa caméra entre les deux orteils de ces deux chamans, Razzag et Boughmiga, qui adossés au mur à même le sol répondaient à chacune de ses questions, mais bien sur, le chaman traditionnel et le magicien de l’esprit ne pouvaient dire la même chose. Une séance de deux heures au moins fut enregistrée où Razzag parlait de traitement par les herbes, par le saint Coran, par les recettes alimentaires, pendant que Boughmiga, y allait par l’écoute, le transfert, la persuasion, l’influence, l’accompagnement, le self-estim., ….procédé qui dans les rares cas de traitement à l’amiable, avait réussi à cent pour cent. Comme toujours, on se faisait avoir à tout les coups par tout le monde et tout les chasseurs de l’insolite, nous n’avions pas demandé une copie de la séance, mais heureusement, Razzag et Boughmiga sont toujours là. Respect et gratitude à Si Abderrazzak Essafi, que Dieu prenne soin de sa santé et son bonheur. Lihidheb Mohsen 04.10.17

mardi 3 octobre 2017

Le dernier souffle de sagesse.

Il vient de nous quitter, au gré du vent, avec le temps, le dernier souffle de sagesse commune, acquise à travers les âges, par les diverses intégrations des valeurs locales et de la religion, par l’acceptation de tout ce qui vient d’ailleurs tout en restant authentique grand comme la montagne, par des compromis sans compromissions et par l’action non stop au dessus de la mer et de la terre…. Tout en négligeant le spécisme homme femme, le linéaire patriarcal et réducteur, redonnant à la sagesse son véritable souffle de vie, humain et eternel, c’était une brave qui vient de nous quitter, après une courte période de souffrance et de sénilité. Rgaya Jouini Msallem, épouse d’Abdeslam Msallem, d’une famille modeste de l’oasis maritime de Souihel, était la dernière des vieilles femmes qui s’affirmaient dans une société d’homme, dans un matriarcat de fait au milieu d’un comportemental collectif rural et traditionnel. La vie n’était pas facile, car il fallait composer avec ce qu’offrait la terre dans un climat aride et les possibilités d’exploitation de la mer toute proche. L’oasis était aussi à la rescousse pour subvenir aux besoins des locaux et entre la culture du sorgho et la cueillette des dates pour les hommes et le bétail, il y avait beaucoup à faire. Bien sur, ces éléments de survivance limite, avaient aussi attiré des réfugiés politiques et économiques Libyens ainsi que plusieurs familles de l’intérieur désertique poussées par la sécheresse et la pauvreté. Ici, il faudrait souligner que les habitants de la région, Accara, avaient une relation particulière avec les tribus de Tataouine, qui était normale ou presque avec les tribus Toizines de Bengardane et très modeste avec les Ouderna de Médenine. Des convois de chameaux chargés de dates allaient chaque saison vers l’ouest et le bétail des Jlidett venait aussi passer la période de l’été pour se rafraichir dans l’oasis maritime. Dans cette ambiance, Si Abdeslam, comme touts les autres, allait aussi aux éponges aux prairies fertiles des fonds marins de iles Kerkennah et quelques fois, avec la grande famille, allait au labour et le moisson sur le littoral de la Choucha. Il n y avait pas de riche dans cette petite communauté et les rares féodaux s’étaient convertis automatiquement en Cheikhs, notaires ou parmi les notables. Toutefois, par prédisposition morale et aussi à cause de sa proximité à la mosquée du quartier, il joua un rôle très important de piété et de bonne conduite, sans zèle ni sauts d’humeurs. Les valeurs communes étaient parvenues à un haut niveau de maturité où la fusion entre le religieux, l’éthique et l’action, était totale, ce qui permit une sorte de sagesse acquise, légitime et intégrée. On ne parlait pas de foi, mais on pratiquait ses croyances partout, faisant les prières, sur les lieux de travail même, sur le bateau, dans les pâturages, aux lieux de la moisson….dans une sorte d’action automatique qui évite de parler et de prêcher ce que tout le monde sait, le bien et le mal. Dans ce contexte, Béchir Msallem, le fils ainé de Rgaya, raconta comment une femme étrangère de l’intérieur du pays, était venu voir sa mère dans sa hutte à faire la cuisine du soir, déclarant que ces enfants n’avaient pas mangé depuis deux jours et comment Rgaya, sans hésiter avait versé tout le repas de couscous dans le drap de la femme et lui souffla de ne rien dire et rentrer avec auprès de ses enfants. Grâce à une vie de confiance, d’humilité et sagesse réciproque, il lui avait suffit de dire à son mari Si Abdeslam et toute la famille, que malheureusement le repas s’était renversé par terre accidentellement, ce que tout le monde avait accepté humblement. « Allaghaleb, Maktebich, Ya Si Abdesslem » était une formule suffisante à cet acte de solidarité et de bon voisinage. Tout en saluant très fort ce genre d’attitudes naturelles, foncièrement conviviales et humaines, on ne peut décrire assez le milieu de vie de Rgaya, pour comprendre les caresses de ce dernier souffle de sagesse. Elle était la fille de la fameuse Nehya Lihidheb et avait un fameux beau frère, le mari de l’une de ses trois sœurs, appelé O’mor Lassoued, très connu pour son caractère joyeux et souvent humoristique, au point d’être citer dans les petites histoires locales. Avec seulement de filles, sans garçon pour assurer la filiation linéaire familiale, ce qui était une situation particulière pour la mentalité féodale encore prédominante autrefois. Une fois, on l’avait surpris en train de haranguer son mulet quand il labourait la terre, en disant « Err, alaan oummalik issabaa. ». Ce qui voulait dire que puisque le terrain appartenait à la famille de Rgaya donc sans héritier male, il insultait poliment les sept ayant droit soit, les trois filles, leurs trois maris dont lui-même et la mére Néhya, par équité peut être. Une autre fois, il travaillait à la pêche aux éponges en tant que rameur, avec plusieurs du village, et ils devaient aller vers les mers de Sfax ou celles de Tripoli, pour trouver des fonds marins exploitables. Comme toujours les mers de la Lybie, étaient sous exploitées et les Accara, faisaient souvent des incursions de travail jusqu’à Zouara, Zawia, Tripoli…mais cette fois, ils furent appréhendés par la douane de Zouara et mis carrément en prison. A plusieurs dans la même cellule, chacun parlait de ses préoccupations et souffrait visiblement cette entrave à la liberté et cet empêchement majeur, pendant que Si O’mor, qui n’avait pas laisser grand-chose dehors, qui n’avait que des filles mariés hors de sa responsabilité, ne faisait qu’aller et venir dans la cellule, en souriant et en soupesant la porte en disant « Malla Beb, Malla Blenz ». Quelle porte, comme elle est blindée, quelle serrure come elle est forte, des remarques que ses Co détenus avaient pris comme une provocation sympathique en face de leurs inquiétudes majeures. Ainsi, pour la mémoire de Rgaya, décédée dernièrement, de Si Abdesslem, de Si O’mor, paix à leurs âmes, ces vecteurs véridiques d’une sagesse acquise, ces porteurs de valeurs ancestrales et d’une éthique de vie visiblement stoïque mais très juste, on ne peut que comprendre l’engagement humain et irrévocable de leurs descendants, Si Béchir Msallem et Slah Mzalouat. Un dernier souffle de sagesse, peut être, mais la vie continuera quand même,avec touts le vents et les tourbillons du monde. Lihidheb Mohsen Zarzis 01.10.17